Il y a ce moment précis. Vous prenez une bouchée. C’est bon. Très bon.
Et pourtant… quelque chose se serre à l’intérieur. Pas une douleur. Pas une peur franche. Plutôt une vigilance sourde. Une retenue discrète. Comme si votre corps prenait déjà note de ce qui allait suivre.
Vous savourez, mais sans relâchement total. Vous appréciez, mais sans vous laisser aller. Le plaisir est là – oui – mais il ne se pose jamais vraiment. Il traîne avec un calcul discret. Un après. Un regard lancé vers le ventre, la balance, le miroir, demain matin.
Alors vous rationalisez. Vous compensez. Vous vous dites que ce sera la dernière fois. Ou que vous ferez “mieux” ensuite. Et plus vous cherchez à bien faire, plus ce resserrement revient. Comme si manger devait toujours se justifier. Comme si le plaisir alimentaire devait payer un droit d’entrée.
Ce n’est pas l’excès qui épuise. C’est cette incapacité à manger sans surveiller. Sans prévoir. Sans vous empêcher d’aller jusqu’au bout du plaisir.
Vous n’avez rien fait de mal. Mais votre corps, lui, ne relâche jamais tout à fait.








